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L’extraordinaire voyage de l’Obélisque de la Concorde

Impossible d’imaginer aujourd’hui la place de la Concorde sans son obélisque.  Un monument remarquable, fruit d’une histoire passionnante et d’un voyage rocambolesque jusqu’à Paris !

La Place de la Concorde, à l’origine, n’était pas destinée à mettre en valeur ce somptueux obélisque. Érigée au 18e siècle, cette place royale rendait hommage à Louis XV. La Révolution française remplaça la statue du roi par la guillotine, et Louis XVI, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Danton, Robespierre, et bien d’autres,  y furent exécutés. Ce n’est que depuis le 25 octobre 1836 que la place accueille l’obélisque.

En 1829, le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, offre à la France les deux obélisques que le pharaon Ramsès II avait élevés au 13e siècle avant notre ère devant le temple du dieu Amon, à Louxor. C’est Champollion, premier déchiffreur des hiéroglyphes et conservateur des collections égyptiennes au musée du Louvre, qui joue le rôle de médiateur entre les deux pays. La Révolution de 1830 qui éclate quelques mois plus tard, et voit Charles X être remplacé par son cousin, Louis-Philippe d’Orléans, ne remet pas en cause le projet.

Face aux multiples contraintes, il est décidé de ne ramener dans un premier temps qu’un seul des deux obélisques offerts, celui situé à droite de l’entrée (en regardant le temple). Pour transporter ce colosse de 230 tonnes, un bateau fut spécialement conçu, pensé pour être capable à la fois de naviguer dans l’Atlantique et sur la Méditerranée, remonter la Seine et le Nil, et passer sous les ponts de Paris. Un voyage qui dura sept longues années !

Arrivé à Louxor le 14 août 1831, les premières difficultés apparaissent. Après avoir emballé et abattu le monolithe de granit rose, il fallut le trainer sur 400 mètres pour rejoindre le Nil et le hisser à bord du bateau. Prêt en décembre, l’équipage dut attendre jusqu’au mois d’août 1832, et la crue du fleuve, pour repartir. Arrivé à Toulon dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, l’obélisque atteint Paris le 23 décembre de la même année, après avoir été remorqué sur la Méditerranée, contourné l’Espagne, et remonté la Seine depuis Rouen.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là !

Une fois sur place, un nouveau problème apparait : un groupe sculpté sur le socle de l’obélisque représente des babouins qui se lèvent et dressent les pattes, laissant ainsi apparaitre leur sexe. Une exhibition qui choque la pudeur de l’époque. Impossible, donc, de poser en l’état l’obélisque. Le socle est envoyé au Louvre (toujours visible aujourd’hui) et un nouveau bloc de granit est commandé en Bretagne. Un voyage qui retarde, encore, l’installation définitive du monument…

Voir aussi : Le scandale de La Danse de Carpeaux (Opéra Garnier), chef-d'oeuvre du 19e siècle.

L’inauguration a finalement lieu le 25 octobre 1836. 200.000 personnes sont présentes place de la Concorde pour assister au spectacle. Champollion, lui, est mort en 1832. Il n’aura jamais la chance de voir l’achèvement de son oeuvre. À 11h30 commence le travail de levage, grâce à un système de contrepoids élaboré par l’ingénieur Apollinaire Lebas. Tandis que 350 artilleurs actionnent la levée à la force de leurs bras, l’ingénieur reste volontairement sous l’obélisque. Il ne pourrait survivre à une faille de son sytème. Question d’honneur.

Quelques heures plus tard, la longue masse s’immobilise à la verticale. La famille royale, réunie sur le balcon de l’Hôtel de la Marine, applaudit, suivie par la foule. Au terme d’un périple de 9000 kilomètres, et qui aura duré pas moins 7 ans, l’obélisque du Louxor devient l’obélisque de la Concorde ! Daté du 13e siècle avant notre ère, il est depuis lors le plus vieux monument de Paris.

À noter enfin que, pour remercier l’Égypte, Louis-Philippe offrit en 1845 une horloge qui orne aujourd’hui la citadelle du Caire. Laquelle, au dire des Cairotes, n’aurait jamais fonctionné correctement ! Quant au second obélisque, il ne fut jamais rapatrié en France, rendu officiellement à l’Égypte par le Président François Mitterrand le 26 septembre 1981.

10 anecdotes archéologiques sur Paris inutiles… donc essentielles !

Les sous-sols parisiens renferment aussi bien des trésors, et nous racontent, grâce au travail des archéologues, l’histoire de la ville, de son développement, et de sa population. Une histoire très riche, puisque Paris est occupée par les hommes depuis des millénaires, mais plutôt méconnue par le grand public. Pour diffuser ces connaissances, une carte interactive présentant plus de 2000 découvertes archéologiques réalisées à Paris à été mise en ligne par le Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie de Paris (DHAAP).

Que nous révèlent ces découvertes ? Une quantité incroyable d’informations, qu’il faut néanmoins savoir trier. Un travail qu’a fait pour vous Un Jour de Plus à Paris, en recensant 10 anecdotes étonnantes, drôles, ou curieuses. Sans autre utilité, ni ambition, que de vous offrir de nouvelles connaissances. Inutiles, donc essentielles !

  • 1 place du Puits de l’Hermite (5e arrondissement)

Une médaille en bronze à l’effigie de Louis XV a été découverte en 1923, lors de la construction de l’Institut musulman et de la Mosquée.

  • 1 rue des Ardennes (19e arrondissement)

Préalablement à un projet immobilier situé à l’angle de la rue des Ardennes et de la rue de Thionville, dans le 19e arrondissement, une série de sondages a été réalisée. Cette zone, située bien au-delà des limites des cités antiques et médiévales, n’avait jusqu’alors fait l’objet  d’aucunes investigations ou observations archéologiques.

Tous les sondages se sont révélés négatifs. Aucune trace d’occupation humaine antérieure à l’époque contemporaine n’a été décelée dans ce secteur.

  • 53 ter quai des Grands-Augustins (6e arrondissement)

Un cercueil anthropomorphe de plomb fut découvert en 1938. Hermétiquement soudé, il contenait le squelette absolument complet d’une petite fille. Il se trouvait à l’emplacement de l’ancien couvent des Grands-Augustins, détruit pendant la Révolution.

  • 47 rue Raynouard (maison de Balzac -16e arrondissement )

Erigée aux alentours de 1730, la maison de Balzac a vraisemblablement été construite sur des habitations troglodytiques utilisées sur la fin du Moyen-Age. Passy était à l’époque un village situé en dehors de la ville. Un cadre rural peuplé de laboureurs, vignerons ou carriers, qui utilisaient probablement ces habitations troglodytes pour dormir.

À noter également que cet endroit est la première cavité souterraine étudiée dans un processus de fouille archéologique à Paris.

  • Île aux Cygnes (15e arrondissement)

Lors des fouilles pour le métropolitain en 1904, au pont de Bir-Hakeim, un phallus gallo-romain fut découvert dans un terrain de sables et graviers.

  • 45 rue du Faubourg Saint-Antoine (11e arrondissement)

Cette zone constitue la première mise à jour d’une installation antique à l’est de Lutèce. Les vestiges, compris entre la fin du 4e et le début du 6e siècles sur une surface de 300 m2, faisaient probablement partie d’un site plus important qui s’étendait vers le sud et l’ouest.

Plusieurs types d’activités ont été découvertes : l’extraction de limon, la conservation des produits agricoles, le tissage, ainsi que la pratique d’activité artisanale comme l’exploitation de matériaux d’origine animale (os, corne et bois de cerf). Enfin, un chat et une patte de bœuf ont été trouvés à l’intérieur d’une sépulture isolée, datée entre 367 et 380.

  • 12 rue de Rome (8e arrondissement)

En 1903, sous quatre mètres de remblais, une couche de terre noire argilo­tourbeuse riche en débris végétaux a été observée sur une épaisseur d’un mètre. La Commission du Vieux Paris interpréta ces données comme un bras de fleuve de l’époque néolithique dont le cours s’est progressivement ralenti à la période gauloise, avant de se combler à la période historique.

Pour plus d’informations à ce sujet, voir l’origine du nom du quartier du Marais

  • 18 rue de la Chaussée d’Antin (9e arrondissement)

En 1977, lors de travaux dans la cour d’un hôtel particulier, près de 400 fragments sculptés appartenant à la façade de Notre-Dame de Paris furent exhumés par hasard, dont les têtes des rois de Juda, détruites pendant la Révolution. Elles sont aujourd’hui exposées au Musée national du Moyen-Age des Thermes de Cluny.

  • 1 rue Pelée (11e arrondissement)

Une partie du piédestal de la première statue statue équestre de Louis XIII, située place des Vosges (17e siècle) et détruite pendant la Révolution française, a été découverte en 1935, au cours de la démolition d’un petit bâtiment.

  • 1 place André-Honnorat (Jardin du Luxembourg, 6e arrondissement)

En 1991, la construction d’un parc de stationnement souterrain a permis la mise au jour d’habitations du Haut-Empire (I – IIe siècles). Le site était situé en périphérie de Lutèce, et correspond soit à un carrefour public soit à une cour d’habitations. Il n’existe aucune trace d’occupations préromaines dans ce secteur.

L’abandon du site se situe dans la première partie du IIIe siècle apr. J.-C, occupé à nouveau à partir du 13e siècle par un couvent.

 

Si vous aussi vous voulez vous amuser, découvrez ici la carte archéologique de Paris.

L’histoire tumultueuse de la Joconde

Être l’un des tableaux les plus réputés au monde n’est pas sans péril. Sujet de toutes les attentions depuis sa création au début du 16 siècle, la Joconde a connu une vie aussi mystérieuse que mouvementée, faite de voyages, vol, et convoitises. Mais n’est-ce pas aussi cela qui contribue au succès d’une oeuvre d’art ?

Réalisé par Leonard de Vinci, peintre le plus célèbre de son époque, à partir de 1503, le tableau aurait été commandé par un riche marchand Italien, Francesco del Giocondo, qui souhaitait installer un portrait de son épouse, Lisa, dans leur nouvelle demeure. Mais le doute subsiste aujourd’hui encore sur cette origine…

Le tableau était probablement inachevé lorsque Leonard de Vinci quitta Florence pour Milan en 1506, puis, invité par François 1er dix ans plus tard, il emporta l’oeuvre avec lui en France. Comme son identité, l’histoire de la Joconde et de son voyage jusqu’à Paris demeure très obscure. On ne sait pas si Francesco del Giocondo eut un jour le plaisir de voir le portrait, ni comment celui-ci est entré dans la collection royale.

Lorsque la révolution Française créa le musée du Louvre, le tableau, alors accroché au Château de Versailles, ne fut pas retenu pour être présenté au public. Ce n’est qu’en 1798 qu’il fit son entrée dans le musée. En 1801, la Joconde fit un bref séjour aux Tuileries dans les appartements de Joséphine de Beauharnais, avant de réintégrer le musée. Mais l’histoire ne s’arrête pas là !

Le vol de la Joconde

Après un siècle de relative tranquillité, la Joconde est volée le 21 août 1911.

Salon carré du Louvre en 1909. C’est à cet emplacement (au milieu sous le Véronèse) que le tableau fut volé.

Accrochée dans le Salon Carré du Louvre, elle connaissait déjà un certain succès, protégée par un verre inséré dans le cadre.

Ce jour-là, Vincenzo Perrugia, un vitrier italien, se glisse vers 7h du matin dans le Salon Carré après avoir passé la nuit dans un placard à balais. Il décroche la Joconde, démonte le cadre, puis dissimule l’œuvre sous ses vêtements avant de sortir tranquillement du musée. Des manipulations familières, puisque c’est lui qui avait placé l’oeuvre sous verre quelques années plus tôt !

Le scandale éclate, et le directeur du Louvre est contraint à démissionner. La foule se presse pour voir l’emplacement vide, et les accusations abondent. Pour la petite histoire, Guillaume Appolinaire fera un court séjour en prison, impliqué dans une histoire de recel de statuettes volées au musée et vendues à Picasso.

Alors que les français croient l’oeuvre définitivement perdue, celle-ci n’était en fait qu’à quelques kilomètres du Louvre, cachée sous le lit du voleur, dans un appartement de la rue de l’Hôpital Saint-Louis, dans le 10e arrondissement. Elle y resta 2 ans, jusqu’à ce que Perrugia se décide de retourner à Florence et tente de vendre l’oeuvre à un marchand d’art, lequel avertira la police.

Pendant son procès, il affirma avoir agi par patriotisme, pensant que le tableau avait été volé aux italiens lors des guerres napoléoniennes.

Les voyages de la Joconde

Pendant les deux guerres mondiales, la Joconde fut évacuée par crainte de bombardements et de pillages. Entre le 27 septembre 1938 et le 17 juin 1945, elle voyagea même dix fois, cachée dans une caisse identifiée par le seul matricule «MNLP n° 0», pour “Musée National du Louvre Peintures n° 0”.

Chambord, Louvigny, abbaye de Loc-Dieu, château de Montal… La Joconde déménagea au gré des défaites militaires, invasions et occupations, jusqu’à retrouver sa place au Louvre le 15 juin 1945.

Voir aussi : quand un faux Paris fut créé pendant la Première Guerre Mondiale

Ses derniers voyages furent plus paisibles. Du 14 décembre 1962 au 12 mars 1963 elle fut exposée à Washington et New York, puis en 1974 à Moscou et Tokyo.

Être le tableau le plus célèbre du monde n’est pas de tout repos !

Petite histoire de la Butte Bergeyre, un village dans la ville

À quelques pas du parc des Buttes-Chaumont, la butte Bergeyre est un lieu unique à Paris. Petit village perché du 19e arrondissement, son cadre champêtre, son architecture Art déco et sa vue imprenable sur Montmartre en font un endroit à la fois insolite et romantique, idéal pour une balade à la découverte d’un Paris méconnu. Un petit village dont l’histoire est étroitement liée au passé ouvrier et populaire du 19e arrondissement.

Située à l’emplacement d’anciennes carrières de gypse, d’où était extrait depuis l’Antiquité cette roche servant à fabriquer du plâtre, la butte Bergeyre ne fut lotie que très tardivement, dans la première moitié du 20e siècle. Quelques rues, comme la rue des chaufourniers ou le passage des fours à chaux, sont les derniers témoins de ce passé révolu.

Après extraction, le gypse était cuit dans des fours puis broyé. Le plâtre est le résultat de cette poudre mélangée à de l’eau.

Annexé à Paris en 1860, le quartier subit de profondes transformations. mais le parc des Buttes-Chaumont concentra toutes les attentions de l’Empereur et du préfet Haussmann, et la butte Bergeyre, séparée du parc par la rue Manin, fut utilisée jusque dans les années 1900 comme pâturage.

L’urbanisation du quartier démarra au début du 20e siècle avec la fondation Rothschild – toujours visible aujourd’hui – tandis que celle que l’on n’appelait encore que “la vieille Butte” restait dans son état sauvage.

En 1909, une société eut l’idée d’utiliser une partie de ce terrain vague pour y établir un parc d’attraction, les “Folles Buttes”. Paris, dans cette période de Belle Époque, est l’une des capitales mondiales du divertissement et des innovations techniques. L’heure est à l’insouciance et à la joie de vivre. Tout comme les premiers cabarets, cinémas et grands cafés, les parcs d’attractions participent à cette image d’art de vivre “à la française”. Un progrès dont souhaite profiter les Folles Buttes.

Tour avec rampe hélicoïdale, salle de bal, manèges, maison hantée, chalets de curiosités… Les distractions ne manquent pas. Le parc connait un succès important jusqu’à la Première Guerre mondiale, après quoi son activité déclinera, jusqu’à disparaitre en 1926.

Avant la Première Guerre mondiale, justement, le sommet de la butte n’est pas encore aménagé. Le Sporting Club de Vaugirard, club du 15e arrondissement de Paris dont le stade a été réquisitionné par l’armée à l’approche de la guerre, cherche un nouveau terrain. Le club décide de s’installer sur la vieille butte, et fait construire un stade de 15.000 places. Des travaux monumentaux sont entrepris pour aplanir le sol, travaux qui s’arrêteront quelques jours avant la déclaration de guerre.

L’inauguration du stade eut lieu le 18 août 1918, appelé stade Bergeyre en hommage à Robert Bergeyre, joueur de Rugby du Sporting Club mort au combat à l’âge de 20 ans. La vieille butte devient butte Bergeyre.

Le stade Bergeyre, complexe sportif très moderne pour l’époque, accueillit des compétitions de football, de rugby, d’athlétisme, et fut même l’un des sites utilisés lors des Jeux Olympiques de Paris en 1924. Mais le sol, rattrapé par son passé de carrière, était trop instable, et nécessitait des coûts trop importants d’entretien. Il fut rasé en 1926, à peu près en même temps que les Folles Buttes.

Un terrain à nouveau vacant dont le potentiel attira cette fois l’oeil de promoteurs immobiliers, qui firent construire, contraintes du sol obligent, de petits pavillons, tandis que tout autour de la butte étaient élevés de grands immeubles, moins charmants, mais qui, en l’isolant, lui offrent son charme si particulier.

Un charme qui n’a pas bougé depuis…

 

À découvrir seul en balade ou lors de nos visites guidées à la découverte du quartier des Buttes-Chaumont

Le cadran solaire de Salvador Dalí

Voie historique, la rue Saint-Jacques cache aujourd’hui encore des secrets bien gardés, comme le cadran solaire créé par Salvador Dali, visible au n° 31 de la rue. Une oeuvre originale, devant laquelle passent chaque jour des milliers de flâneurs, et que très peu remarquent !

Créé pour des amis qui tenaient la boutique du 27 de la rue Saint-Jacques, la gravure représente un visage féminin dont le haut ressemble à une coquille Saint-Jacques. Une référence à la rue du même nom, chemin historique de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Paris.

À noter également que la rue Saint-Jacques suit le tracé rectiligne de l’ancien axe nord-sud crée par les romains à l’époque de Lutèce, appelé le cardo maximus.

Les sourcils en forme de flammes évoquent quant à eux les rayons du soleil.

Inauguré le 15 novembre 1966, l’artiste fit don de son oeuvre à la ville de Paris. Une preuve supplémentaire, s’il en était besoin, qu’il faut toujours bien lever les yeux lorsque l’on se promène à Paris.

Et que la ville mérite bien son titre de musée à ciel ouvert…

Le détail insolite du monument à La Fayette

À la fin du 19e siècle, il n’existait à Paris aucune statue en l’honneur du marquis de La Fayette, héros de l’indépendance américaine et figure historique majeure des révolutions françaises de 1789 et 1830. C’est à l’initiative des américains qu’il fut décidé d’ériger un monument à sa gloire, aujourd’hui visible dans le 8e arrondissement. Une statue qui revêt depuis lors un détail aussi discret qu’insolite…

Pour remercier la France d’avoir offert  aux États-Unis la Statue de la Liberté, un américain du nom de Robert Thompson ouvrit une souscription auprès des écoliers américains pour financer une statue monumentale en hommage au général La Fayette, resté célèbre aux États-Unis pour sa participation à la guerre d’indépendance.

Le projet est validé en 1899, et commande est faite au sculpteur américain Paul Barlett, qui travaille en France, de réaliser l’oeuvre pour l’Exposition Universelle organisée à Paris en 1900. Soit un an seulement pour achever le monument…

Un délai bien trop court ! Le 4 juillet 1900, jour anniversaire de l’Indépendance américaine, la statue est inaugurée au Louvre, au milieu de la Cour Napoléon (à l’emplacement de la Pyramide actuelle). Mais, n’ayant pas eu le temps nécessaire pour mener à bien le projet, Barlett livra pour la cérémonie un modèle en plâtre, en attendant la sculpture définitive.

Insatisfait de son modèle, il retravailla finalement entièrement son oeuvre. Il modifia le costume, retira le chapeau, et représenta La Fayette avec l’épée dégainée, lame en l’air. Un travail qui dura sept longues années. Ce n’est donc qu’en 1908 que la statue définitive, en bronze, remplaça le modèle en plâtre.

En 1984, lors des grands travaux de transformation du Louvre, et notamment la construction de la Pyramide, la statue fut enlevée pour être transférée dans le 8e arrondissement, sur le cours la Reine. C’est alors que l’on découvrit un détail insolite, passé totalement inaperçu. À côté du sabot du postérieur gauche du cheval figure… une petite tortue.

Symbole de lenteur, le sculpteur l’a ajoutée au dernier moment pour se moquer de lui-même, et du temps qu’il a mis pour réaliser son oeuvre.

Cette tortue reste difficile à voir aujourd’hui, notamment lors des saisons de végétation des arbres environnants. Mais en cherchant bien, vous arriverez à l’apercevoir. On appréciera dans tous cas l’auto-dérision du sculpteur et cette petite blague aux pieds du “héros des deux mondes” !

Voir aussi : l'histoire insolite de la statue de Jeanne d'Arc

 

Le monument à La Fayette se trouve à quelques pas du Grand Palais et du Petit Palais. À découvrir par exemple si vous vous rendez dans l’un de ces musées. 

La Fayette est enterré à Paris, au cimetière de Picpus

Château de Versailles

Merveille architecturale classée au patrimoine mondiale de l’humanité, le Château de Versailles est bien plus qu’un simple monument. Symbole du rayonnement artistique de la France au 17e siècle, résidence officielle du pouvoir royal et haut lieu de la Révolution française, la visite du Château de Versailles vous permet de (re)visiter l’histoire de France tout en profitant d’un cadre d’exception. Un incontournable des activités culturelles à Paris.

 

À Savoir - informations pratiques & conseils

Il faut prévoir au minimum une journée entière pour la visite du Château de Versailles, cette visite incluant les jardins ainsi que le Trianon. Si la météo est belle, vous pouvez facilement passer des heures dans les jardins, tandis que le Trianon et le Hameau de la Reine, véritable îlot de campagne au coeur du domaine royal, peuvent également prendre plusieurs heures pour une visite complète.

Il est important de bien prévoir en amont votre parcours de visites. Il est quasiment impossible de tout faire en une seule journée. Si c’est votre première fois à Versailles, visitez en priorité le Château et ses intérieurs, que vous pouvez compléter d’une visite guidée.

Le lien ci-dessous vous permet, via l’un de nos partenaires, de réserver directement en ligne vos billets coupe-file, ce qui vous évitera la queue à l’entrée du Château pour profitez pleinement de votre journée.

La visite du Château de Versailles

Composé de 2.300 pièces réparties sur plus de 60.000 m2, tout le château n’est pas ouvert à la visite. Les pièces les plus exceptionnelles, comme la galerie des Glaces, la chambre du roi, les Grands Appartements ou encore la Chapelle Royale, sont elles accessibles au public.

La visite débute par un historique du château en vidéo, depuis le pavillon de chasse transformé en somptueux palais jusqu’à sa reconversion après la Révolution. Un parcours qui donne un aperçu intéressant des travaux gigantesques qu’a subis le monument et son évolution tout au long de l’histoire.

Au premier étage, vous traverserez les apparement du roi, divisés en salons représentés par des divinités, symboles de la splendeur de Louis XIV. Vous découvrirez ensuite la Galerie des glaces, véritable bijou de 73 mètres de long reliant les Grands Appartements du Roi et de la Reine. N’oubliez pas de profiter de la vue imprenable sur les jardins et la perspective créée par le jardinier André Le Nôtre.

Votre visite s’achèvera par la Galerie des Batailles, créée à partir de 1833 par le roi Louis-Philippe lorsqu’il décida de transformer le Château en musée de l’histoire de France. 33 batailles qui ont marqué l’Histoire nationale y sont représentées, depuis la victoire de Clovis à Tolbiac jusqu’à celle de Napoléon à Wagram, en 1809.

Les jardins du Château

43 kilomètres d’allées permettent d’arpenter le gigantesque domaine du Château, où bassins, parterres et bosquets s’enchevêtrent en parfaite harmonie. La mythologie, déjà très présente à l’intérieur du Château, y est encore largement utilisée, comme le célèbre bassin d’Apollon. Une nature dont vous pouvez jouir en totale liberté, selon vos envies du moment.

À noter que ces jardins mènent depuis le Château au grand Trianon. Si le trajet est proposé en petit bus collectif, préférez, si vos jambes en sont toujours capables, une petite balade en plein air avant de continuer vos visites !

Le Trianon

Au-delà des jardins s’étendent donc les châteaux de Trianon et le Domaine de Marie-Antoinette, créés par la Reine pour échapper aux contraintes de la Cour de Versailles. L’ensemble peut prendre une demi-journée pour une visite complète, ou se visiter séparément et en simple complément de visite au Château.

Si le Petit Trianon et son parc sont liés au souvenir de la reine Marie-Antoinette, le Grand Trianon constituait pour sa part la seconde résidence de Louis XIV, habité par les monarques jusqu’au 19e siècle. Un palais dont le mobilier est aujourd’hui un somptueux témoignage de l’époque Premier Empire.

Dépendance du Petit Trianon, le Hameau de la Reine fut quant à lui commandé en 1782 par la reine Marie-Antoinette qui souhaitait s’éloigner des contraintes de la cour, et oublier la lourdeur de sa fonction dans un décor naturel et rustique composé de chaumières, fermes, moulin et petites maisons. Un lieu à part.

La rue de Chazelles (17e arrondissement) et la statue de la Liberté

Difficile d’imagine aujourd’hui, en empruntant la chic et résidentielle rue de Chazelles, qu’un jour en ces lieux s’est élevée la statue de la Liberté, dominant les toits du quartier et visible par les passants depuis le boulevard de Courcelles. Pourtant, c’est bien au numéro 25 de cette rue, dans une ancienne fonderie, que la mythique statue a été fabriquée, avant de traverser l’Atlantique pour rejoindre son socle new-yorkais.

La Liberté éclairant le 17e arrondissement

La maison Gaget Gauthier et Cie était la plus importante fonderie et chaudronnerie de Paris. Située rue de Chazelles, elle s’était notamment fait connaitre en 1873 en restaurant la Colonne Vendôme, détruite pendant la Commune de Paris. Un chantier extraordinaire qui allait être dépassé par une nouvelle commande : une statue offerte par la France aux États-Unis pour célébrer le centenaire de leur indépendance, et ainsi marquer l’amitié entre les deux pays. Une idée que l’on doit à l’homme politique Édouard de Laboulaye.

Le sculpteur Auguste Bartholdi, qui était allé à New-York et avait déjà repéré une petite île au large de Manhattan capable d’accueillir le monument, décide d’en réaliser les plans. Une souscription est lancée pour financer la construction de la statue, et, pour accélérer et augmenter les dons, la main de la Liberté tenant la torche est présentée à l’Exposition universelle de Philadelphie de 1876, la tête à celle de Paris en 1878.

Bartholdi confia la conception de l’armature, dont les dimensions spectaculaires et son emplacement sur un îlot exposé aux vents posaient de nombreux problèmes techniques, à Eugène Viollet-le-Duc. Mort avant d’avoir pu achever son travail, il fut remplacé par Gustave Eiffel, qui repensa le projet et réalisa une structure intérieure entièrement métallique.

Une entreprise colossale, que découvre jour après jour le voisinage de la rue Chazelles, voyant la Liberté sortir de terre, et son corps émerger au-dessus de la plaine Monceau. En 1883, la découverte de la statue était d’ailleurs l’une des plus grandes curiosités de la capitale, et les journaux invitaient la population à une promenade aux abords de la rue Chazelles.

Achevée en 1884, restait à la faire voyager, ce qui n’était pas une mince affaire vue ses dimensions ! 46 mètres de haut, dont 5 mètres pour sa seule main, une masse de 225 tonnes, et une tête assez grosse pour accueillir 40 personnes.

La statue fut démontée en 350 éléments répartis dans 210 caisses, dont 36 pour les rivets et boulons, puis acheminée par train depuis la gare Saint-Lazare jusqu’à Rouen. Le tout fut chargé sur l’Isère, une frégate française, l’État français ayant pris à sa charge le coût de la traversée de l’Atlantique, seule contribution financière du gouvernement dans cette coopération franco-américaine.

Arrivée à New-York le 17 juin 1885, la statue de la Liberté fut remontée en quatre mois, et inaugurée le 28 octobre 1886. Dix ans de retard, mais un symbole éternel de Liberté tourné vers l’Est, c’est-à-dire vers la France… et la rue de Chazelles !

 

À savoir : des miniatures de la statue furent réalisées dans les ateliers de Gaget et Gauthier, notamment pour participer au financement du projet. Des pièces vendues jusqu’aux États-Unis, qui, selon certains, auraient donné le mot… “gadget”!

 

Découvrir aussi la statue de la Liberté parisienne, située sur l’Île aux Cygnes.

Le destin tragique de l’ancienne rue de la Mortellerie (aujourd’hui rue de l’Hôtel de Ville)

Au coeur du centre historique de Paris, la rue de l’Hôtel-de-Ville est une petite voie parisienne pleine de charme. Appelée autrefois rue de la Mortellerie, son existence est très ancienne, puisqu’on retrouve des traces de cette rue depuis le 12e siècle. Une rue qui a connu, à son insu, une histoire tragique au 19e siècle, ce qui l’a obligée par la suite à changer de nom !

À partir du 13e siècle s’installèrent dans cette rue des morteliers, ouvriers qui préparaient le mortier pour les maçons. Un métier qui nécessitait beaucoup d’eau et de sable, ce qu’offrait en abondance la Seine, à quelques mètres de là. Au n°95 de la rue de l’Hôtel-de-Ville est d’ailleurs visible, gravé dans la façade d’un immeuble, le témoin de ce passé.

Des siècles plus tard, en 1832, Paris fut touchée par une très importante épidémie de choléra, qui tua plus de 19.000 personnes dans la capitale en quelques mois. Le quartier de l’Hôtel de Ville, qui avait encore à cette époque son caractère médiéval et insalubre, fut l’un des plus touchés. Et, à l’intérieur de ce quartier, la rue de la Mortellerie subit une véritable hécatombe : plus de 300 morts rien que dans cette rue !

Voyant un lien entre ces morts tragiques et son nom, également probablement pour oublier cet évènement, les habitants demandèrent que le nom de Mortellerie soit modifié. Un nom qui, à l’origine, n’avait pourtant aucune connotation “mortelle”…

C’est ainsi que cette rue devint officiellement rue de l’Hôtel-de-Ville en 1835.

La mort roda pourtant encore, en atteste cette peinture, nommée La Barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848 (dit aussi Souvenir de guerre civile). Le peintre Ernest Meissonier y représente, avec un étonnant réalisme,  une scène vue dans Paris après la prise d’une barricade par la garde nationale lors des émeutes ouvrières de juin 1848. . Un tableau visible au musée du Louvre.

La Barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848, dit aussi Souvenir de guerre civile, Paris, musée du Louvre.

Quel destin que cette Mortellerie !

 

La rue mène à l’Hôtel de Ville de Paris, et à la place Saint Gervais, où vous pouvez voir un Orme, arbre millénaire de la capitale. De l’autre côté, vous pouvez également découvrir le somptueux Hôtel de Sens