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Ugolin et ses fils, la plus belle sculpture des musées parisiens ?

Moins connu que certains grands sculpteurs français, Jean-Baptiste Carpeaux n’en reste pas moins l’un des artistes les plus importants (et influents) du 19e siècle, largement exposé dans les musées parisiens. L’une de ses oeuvres, Ugolin et ses fils – aussi appelée Ugolin entouré de ses quatre enfants – forme un somptueux ensemble avec l’escalier Art Nouveau du Petit Palais (à croire qu’escalier et sculpture s’entendent à merveille, en témoigne également la Victoire de Samothrace au Louvre). Aussi visible au musée d’Orsay, ce groupe sculpté est un chef-d’oeuvre à découvrir dans l’un de ces deux musées.

Inspiré de la Divine Comédie de Dante, monument de la littérature médiévale écrit au début du 14e siècle, l’oeuvre de Carpeaux nous entraine dans le neuvième cercle de l’Enfer, où le tyran Ugolin a été enfermé dans une tour avec ses enfants et condamné à mourir de faim. Ici s’exprime, avec une somptueuse brutalité, l’instant avant l’irréparable.

Rongé par le doute, qu’il mord de ses dents, ou simplement par la faim, Ugolin nous est présenté dans une lutte psychologique intense. Crispé, nerveux, son corps et ses muscles semblent déformés. Et pourtant, sa décision est prise, et quelques secondes seulement nous séparent de la tragédie. Pour ne pas mourir de faim, il va bientôt manger sa descendance.

Plus que la simple esthétique, c’est le contraste entre l’animalité d’Ugolin et l’innocence des enfants, qui semblent l’implorer, mais aussi la sensation de mouvement de l’œuvre, qui donnent à ce groupe sculpté tout son caractère. Et, osons le mot, son génie.

Achevée en 1861 à la fin des études de Carpeaux à l’Académie de France à Rome, cette oeuvre n’était plus celle d’un élève, mais d’un maître. Le sujet lui sera pourtant refusé dans un premier temps, le règlement de l’Académie interdisant les groupes sculptés. Aussi convaincant que talentueux, il réussira à imposer son projet, et deviendra sous le Second Empire l’un des artistes préférés de Napoléon III, qui lui passera de nombreuses commandes. Ainsi qu’Haussmann, pour qui Carpeaux réalisera la somptueuse Fontaine de l’Observatoire. Peut-être également la plus belle de Paris !

Du plâtre original de 1861, l’Etat commandera un bronze en 1862, visible au Musée d’Orsay. L’exemplaire du Petit Palais aurait été patiné par Carpeaux lui-même, pour étudier l’aspect définitif de l’œuvre avant la fonte. Rodin, qui admirait Carpeaux, a repris le thème d’Ugolin, dont l’oeuvre, traitée dans un autre style, est elle visible au musée Rodin.

Ugolin et ses fils, la plus belle sculpture des musées parisiens ?

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