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Comment la Tour Eiffel a révolutionné l’histoire de l’architecture

Pourquoi la Tour Eiffel est un monument extraordinaire ? Pourquoi est-elle si connue ? Voilà deux questions qui peuvent paraitre a priori dérisoires, voire un brin racoleuses, tant la réponse nous parait évidente. Et pourtant, ce qui fait son originalité et lui offre une gloire incomparable dans l’histoire de l’architecture reste méconnu.

En effet, la Tour Eiffel a, à deux reprises, bouleversé l’architecture mondiale. La première fois, d’ordre symbolique, en atteignant la hauteur des 1000 pieds. La seconde, d’ordre technique, en consacrant le fer comme matériau majeur de construction moderne. Une double révolution qui lui confère, pour l’éternité, un statut à part.

La hauteur symbolique de 1000 pieds

À la fin du 19e siècle, la course au progrès engendrée par la Révolution Industrielle atteint son apogée. La France décide d’organiser l’Exposition Universelle de 1889 pour célébrer le centenaire de la Révolution Française, et par la même occasion montrer au monde entier le progrès économique, industriel, et humain, du pays. Cet évènement va pousser les architectes et ingénieurs français à se surpasser, en tentant de réaliser pour la première fois de l’histoire une tour haute de 1000 pieds, soit 300 mètres.

Cette hauteur symbolique était un rêve ancestral de l’humanité, commencé par les égyptiens avec la pyramide de Kheops, qui culmine à 146 mètres. Le premier à tenter une tour de 1000 pieds fut l’inventeur anglais Richard Trevithick, en 1832, à qui l’on doit notamment la machine à vapeur à haute pression et le premier train tracté par une locomotive. Emporté par un pneumonie , il n’acheva jamais son projet… 20 ans plus tard, un autre anglais, Charles Burton, tenta lui aussi relever le défi avec la Glass Tower (photo de gauche), mais ne réussit jamais à convaincre les promoteurs. Le projet le plus abouti fut américain, avec le The Centennial Tower (photo de droite) imaginée par Clark et Reeves, producteur de fer et constructeur de ponts métalliques, pour l’Exposition universelle de 1876 à Philadelphie. Encore une fois, le million de dollar nécessaire à sa réalisation ne fut jamais réuni…

Le premier à imaginer, concevoir et édifier pour la première fois dans l’histoire de l’humanité une tour de 1000 pieds donc fut Gustave Eiffel. Une prouesse extraordinaire !

Le fer

Un rêve qui n’aurait jamais pu être réalisé sans le fer. Utilisé depuis très longtemps dans l’architecture,  la révolution industrielle va permettre une production à grande échelle de ce matériau, qui ne pouvait jusqu’alors être produit qu’en petites quantités. Moins coûteux que la maçonnerie, résistant à la pression et à la traction, facile à usiner et à mettre en oeuvre grâce à sa technique d’assemblage, il avait tous les atouts pour devenir un élément majeur de la construction moderne.

Mais le métal incarnait également une opposition tenace entre ingénieurs et architectes, ou, en d’autres termes, entre construction et art. Aussi innovant soit-il, les élites considéraient qu’il ne pourrait jamais se substituer à la pierre pour représenter les Beaux-Arts. Comme pour l’Opéra Garnier, les gares, les mairies, les églises ou encore les passages couverts, l’ossature métallique était jusque là toujours invisible depuis l’extérieur, ou couverte de maçonnerie et d’ornements. Il fallut même attendre 1878 pour que le règlement de Paris autorise les ossatures métalliques visibles !

Avec sa Tour, Gustave Eiffel a donc, encore une fois, été le premier a revendiquer le métal, et ses techniques d’assemblage novatrices, comme oeuvre à part entière. Malgré des critiques violentes, habituelles lorsque des idées nouvelles viennent bouleverser les codes, son succès fut total.

Détrônée par le Chrysler Building et ses 319 mètres en 1928, un an plus tard par l’Empire State Building, qui culmine à 381 mètres, 30 tours dépassent aujourd’hui dans le monde la Tour Eiffel (la plus haute étant la Burj Khalifa, à Dubai, avec… 828 mètres !).

Elle restera néanmoins à jamais celle qui a ouvert la voie à la conquête architecturale du ciel.

 

 

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