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La rue de Chazelles (17e arrondissement) et la statue de la Liberté

Difficile d’imagine aujourd’hui, en empruntant la chic et résidentielle rue de Chazelles, qu’un jour en ces lieux s’est élevée la statue de la Liberté, dominant les toits du quartier et visible par les passants depuis le boulevard de Courcelles. Pourtant, c’est bien au numéro 25 de cette rue, dans une ancienne fonderie, que la mythique statue a été fabriquée, avant de traverser l’Atlantique pour rejoindre son socle new-yorkais.

La Liberté éclairant le 17e arrondissement

La maison Gaget Gauthier et Cie était la plus importante fonderie et chaudronnerie de Paris. Située rue de Chazelles, elle s’était notamment fait connaitre en 1873 en restaurant la Colonne Vendôme, détruite pendant la Commune de Paris. Un chantier extraordinaire qui allait être dépassé par une nouvelle commande : une statue offerte par la France aux États-Unis pour célébrer le centenaire de leur indépendance, et ainsi marquer l’amitié entre les deux pays. Une idée que l’on doit à l’homme politique Édouard de Laboulaye.

Le sculpteur Auguste Bartholdi, qui était allé à New-York et avait déjà repéré une petite île au large de Manhattan capable d’accueillir le monument, décide d’en réaliser les plans. Une souscription est lancée pour financer la construction de la statue, et, pour accélérer et augmenter les dons, la main de la Liberté tenant la torche est présentée à l’Exposition universelle de Philadelphie de 1876, la tête à celle de Paris en 1878.

Bartholdi confia la conception de l’armature, dont les dimensions spectaculaires et son emplacement sur un îlot exposé aux vents posaient de nombreux problèmes techniques, à Eugène Viollet-le-Duc. Mort avant d’avoir pu achever son travail, il fut remplacé par Gustave Eiffel, qui repensa le projet et réalisa une structure intérieure entièrement métallique.

Une entreprise colossale, que découvre jour après jour le voisinage de la rue Chazelles, voyant la Liberté sortir de terre, et son corps émerger au-dessus de la plaine Monceau. En 1883, la découverte de la statue était d’ailleurs l’une des plus grandes curiosités de la capitale, et les journaux invitaient la population à une promenade aux abords de la rue Chazelles.

Achevée en 1884, restait à la faire voyager, ce qui n’était pas une mince affaire vue ses dimensions ! 46 mètres de haut, dont 5 mètres pour sa seule main, une masse de 225 tonnes, et une tête assez grosse pour accueillir 40 personnes.

La statue fut démontée en 350 éléments répartis dans 210 caisses, dont 36 pour les rivets et boulons, puis acheminée par train depuis la gare Saint-Lazare jusqu’à Rouen. Le tout fut chargé sur l’Isère, une frégate française, l’État français ayant pris à sa charge le coût de la traversée de l’Atlantique, seule contribution financière du gouvernement dans cette coopération franco-américaine.

Arrivée à New-York le 17 juin 1885, la statue de la Liberté fut remontée en quatre mois, et inaugurée le 28 octobre 1886. Dix ans de retard, mais un symbole éternel de Liberté tourné vers l’Est, c’est-à-dire vers la France… et la rue de Chazelles !

 

À savoir : des miniatures de la statue furent réalisées dans les ateliers de Gaget et Gauthier, notamment pour participer au financement du projet. Des pièces vendues jusqu’aux États-Unis, qui, selon certains, auraient donné le mot… « gadget »!

 

Découvrir aussi la statue de la Liberté parisienne, située sur l’Île aux Cygnes.

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