Pourquoi il faut aller voir l’expo Jeff Koons au Centre Pompidou

S’il est une chose qui réunit aussi bien les détracteurs que les admirateurs de Jeff Koons, c’est que l’homme – et son art – ne laissent pas indifférents. Honni par les uns et admiré par les autres, il est à la fois charlatan et précurseur, visionnaire et représentant commercial, anti-Warhol et successeur de Duchamp.

Koons, ce sont aussi des chiffres qui font tourner la tête, comme la vente record en 2013 de sa sculpture Balloon Dog pour 58,4 millions de dollars, qui viennent inéluctablement se greffer au débat.

Présenté à Paris dans une grande rétrospective, le Centre Pompidou nous permet de découvrir cet artiste controversé. Chose faite après avoir attendu la frénésie des premières semaines d’ouverture. En 17 jours seulement, 112 844 visiteurs s’étaient en effet précipités à Beaubourg, laissant présager un nouveau record d’affluence pour une exposition.

Des chiffres, encore…

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Jeff Koons l’Américain

Appréhender Jeff Koons sans prendre en compte son contexte et la société qui l’imprègne, c’est n’avoir aucune chance de le goûter. Fils d’une famille de la petite bourgeoisie américaine, trader à Wall Street à ses débuts pour financer son art, les Etats-Unis le hantent, comme en attestent les premières œuvres de la rétrospective.

Glorification de la surconsommation ou mythe de l’homme accompli à travers la publicité, Koons se réapproprie le Ready-made pour parler de sa société. Déjà, les premiers doutes surgissent. Prémices à la centaine d’assistants qui travailleront 30 ans plus tard pour lui, il utilise le travail des autres pour créer ses œuvres.

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Des ballons plongés dans l’eau, des affiches de basketteurs afro-américains, des objets récupérés ça et là… L’Amérique des années 80 a investi Beaubourg, et le visiteur l’oublie. Se confrontant au vide, il cherche alors une signification, qu’il trouvera dans la matière.

L’art et la matière

Acier inoxydable, marbre, bois, polyéthylène, huile sur toile, porcelaine, bronze… Le travail de la matière est autant omniprésent qu’envoûtant. Son célèbre Balloon Dog est un véritable joujou d’enfant, tandis qu’à côté flotte dans les airs le confondant Hanging Heart et sa tonne que l’on croirait pouvoir porter au creux de la main.

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Ses tableaux et sculptures, multipliant les procédés techniques et artistiques, en appellent encore et toujours aux figures populaires américaines, de Hulk à Mickael Jackson en passant par Buster Keaton ou Popeye. Une matière maitrisée de mains de maître, même si ce ne sont pas les siennes.

Pour le reste, les couleurs, auréolées de kitch, sont laides, les traits parfaits, l’égo surdimensionné, symbolisé par la salle interdite au moins de 18 ans exhibant un sexe qui pénètre une actrice porno sous couvert de faire « regarder le monde et l’accepter dans sa totalité ».

tableau

En fait, on ne sait plus si seule la performance doit être saluée.

Le reflet d’une société

Surfaces pures sans altération, les œuvres ne sont finalement que des miroirs. Sans d’autre effort que celui de briller en remplaçant un original par un vernis luisant, Koons invite le spectateur à se regarder. Et là est peut-être le fruit de la colère.

Aucune révolution, mais un art qui n’est rien d’autre que le reflet d’une société. On fait la queue devant les œuvres pour un selfie, et on approche le nez au plus près des statuettes, qui nous trompent en s’affichant comme une allégorie d’un art accessible à tous.

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Et puisque celui-ci ne sera toujours que le privilège d’une élite, trusté aujourd’hui par les nouveaux-riches qui ont créé eux-mêmes leur propre bulle spéculative, il reste au visiteur la faveur de l’image. L’œuvre comme substitut à nos propres paradoxes, dans une société qui s’américanise tout en crachant sur l’impérialisme américain, une société qui idéalise ses symboles aussi vite qu’elle les jette.

Mais l’homme, c’est bien connu, déteste se regarder dans le miroir, surtout lorsque celui-ci lui rappelle qu’il n’est pas le plus beau. Alors on crie, on vénère, on s’insurge, on adore.

Reflet d’une société, Koons nous insuffle un sentiment éphémère, bien vite oublié pour un autre. Une société qui n’a peut-être que les artistes qu’elle mérite…

 

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