La dernière demeure d’Olympe de Gouges

Considérée comme l’une des pionnières du féminisme français, Olympe de Gouges, longtemps oubliée, connait depuis la fin du 20e siècle un regain d’intérêt. Une femme dont les luttes ont pris racine dans le chaos de la révolution Française, et résonnent aujourd’hui encore, plus de deux siècles après son exécution. Là où tant d’autres n’ont pas eu les honneurs de l’histoire.

Née à Montauban en 1748, Marie Gouze, mariée à 17 ans, puis veuve et mère d’un petit garçon à 18, décide de s’installer à Paris. C’est là qu’elle se fait appeler Olympe de Gouges, refusant de porter le nom de son défunt mari. Elle refusera également d’épouser son amant, Jacques Biétrix de Rozières, riche toulousain propriétaire d’une compagnie de transports militaires, avec qui elle entretiendra une relation jusqu’à la révolution, et qui la soutiendra financièrement.

À Paris, son esprit et sa beauté lui ouvrent très rapidement les portes des salons. Elle mène une vie mondaine, rencontre les personnalités les plus influentes de la capitale, et se passionne pour le théâtre.  Elle décide de s’essayer à cet art, et rédige ses premières oeuvres. Très vite, la politique transpire dans chacun de ses écrits.

En 1785, sa pièce Zamore et Mirza est inscrite au répertoire de la Comédie-Française. Dénonçant l’esclavage et le Code Noir en vigueur dans les colonies, les acteurs refusent de la jouer, et celle-ci est supprimée à la suite de pressions exercées par les marchands colons. Olympe revoit sa copie, et présente une oeuvre modifiée en 1788. Mais ce n’est pas suffisant pour les bonnes moeurs de l’époque, qui boycottent à nouveau sa pièce. Dans le même temps, Olympe de Gouges fait face à de nombreux détracteurs, qui se moquent de cette femme de lettre venue de province, et l’accusent de plagiat. Celle qui fut l’une des premières à réclamer l’abolition de l’esclavage va voir alors ses idéaux de liberté et de justice se cristalliser. La femme de lettre se mue en femme politique.

Elle publie sa première brochure politique en 1788 : “Lettre au peuple, ou projet d’une caisse patriotique par une citoyenne”. Quand éclate la révolution Française, elle multiplie les écrits. Théâtre, essais, textes politiques, pamphlets, affiches placardées dans la ville… Elle défend autant l’égalité des droits que l’égalité des sexes. En 1791, elle publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne”, premier manifeste féministe de l’histoire dont l’article 10, « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune », est le plus célèbre. C’est à cette époque qu’elle s’installe dans le village d’Auteuil, au 4 rue du Buis, où les plus grands intellectuels, savants, artistes et hommes politiques formaient la “société d’Auteuil”, célèbre salon de la fin du 18e siècle.

4, rue du Buis, Paris 16

Ses luttes furent pourtant les raisons de sa perte. Convaincue par les idéaux – Girondins – révolutionnaires, croyant qu’un gigantesque vent de liberté allait souffler sur le pays, elle ne pensait pas que ses positions pouvaient devenir dangereuses. Encore moins mortelles.

Ne se contentant pas d’écrire, ou de hurler, elle s’illustra dans les actes, d’abord en proposant à l’Assemblée législative d’adopter sa déclaration de la femme, ce qui lui sera refusé. Lors du procès de Louis XVI, elle se proposa pour la défense du roi, que les seuls désaccords politiques ne devaient pas, dans son idéal, entrainer vers l’échafaud. Enfin, après l’arrestation des Girondins, elle fut bien seule, en juin 1793, à protester contre la dictature qui s’annonçait.

Elle déménagea, partit à Tours, puis revint à Paris, notamment pour retrouver son fils. Alors que la Terreur battait son plein, elle ne put rester inactive, et tenta un dernier acte politique. Dans de nouvelles affiches collées sur les murs de la capitale, Les Trois Urnes ou le Salut de la patrie par un voyageur aérien, elle propose que le peuple se prononce par referendum pour choisir le gouvernement qu’il préfère.  L’insolence de trop, alors qu’un nouveau décret, promulgué le 29 mars 1793, punissait de mort quiconque était convaincu d’écrire ou d’imprimer des ouvrages appelant au rétablissement de la royauté.

Dénoncée par son imprimeur, Olympe de Gouges fut arrêtée et incarcérée. Le 2 novembre, elle est condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire, et fut guillotinée le lendemain. C’est la deuxième personnalité féminine, après Marie-Antoinette, à connaitre la justice de la guillotine révolutionnaire. Elle fut, comme le couple royal, enterrée dans l’ancien cimetière de la Madeleine, où se trouve aujourd’hui la chapelle expiatoire.

Une mort qui inspira ces doux mots à Chaumette, porte-parole des sans-culottes, pour convaincre les femmes de ne plus se mêler de politique :

“Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui, la première, institua des sociétés de femmes, qui abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes !”

L’intimidation portât ses fruits, puisqu’Olympe de Gouges tomba dans l’oubli. Dépeinte après la révolution comme une hystérique, réhabilitée par les historiens du 20e siècle, ses luttes sont en partie redécouvertes à l’occasion des questions contemporaines sur l’égalité des sexes. Son avis sur la question serait probablement savoureux !

 

Une autre résidence d’Olympe de Gouges est visible au 18-20 rue Servandoni, dans le 6e arrondissement. C’est là qu’elle rédigea la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. 

 

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