Construite au milieu du 19e siècle, l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile a une particularité qui ne se retrouve nulle part ailleurs à Paris : elle n’a pas de clocher. Une singularité qui n’est ni due à un oubli ni à un caprice d’architecte, mais qui a une raison pratique. Voisine du conservatoire historique de Paris, il ne fallait simplement pas troubler les musiciens lors de leurs répétitions…
L’actuelle rue du Conservatoire, dans le 9e arrondissement, s’appelait autrefois rue Bergère. C’est ici qu’il fut décidé d’installer à la fin du 18e siècle une école Royale de chant, doublée à la Révolution d’une école de Musique. Celle-ci évoluera tout au long du 19e siècle, proposant en plus de l’enseignement instrumental des cours de Danse, de Déclamation lyrique et dramatique, de Maintien théâtral ou encore de Mouvement du corps. Bref, une école très sérieuse, dédiée à l’élite artistique du pays.

Au début du Second Empire, alors que Paris se transforme de toutes parts lors des grands travaux d’embellissement, Napoléon III demande la construction d’une église dans le quartier. Une église qui sera dédiée à Saint-Eugène, en hommage à l’oncle de l’Empereur, Eugène de Beauharnais. Construite en seulement 20 mois, et inaugurée en 1855, elle est, derrière sa façade médiévale, d’une grande modernité pour l’époque, puisqu’elle utilise une ossature totalement métallique, ce qui lui donne une grande légèreté et autant de luminosité.
Mais les architectes ont eu avant tout à prendre en compte le voisinage du Conservatoire, et de ne pas gêner ses occupants. Imaginez les flûtistes devant s’interrompre aux cloches annonçant 11h, ou encore les futurs pensionnaires du Théâtre-Italien obligés de lever la voix lors des appels à la messe ! C’est pour cette raison qu’il fut décidé de ne pas doter cette église de clocher. Proche du conservatoire, l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile ne sonne pas.

Le conservatoire a depuis lors déménagé, d’abord rue de Madrid au début du 20e siècle, aujourd’hui porte de la Villette. L’ancienne rue Bérgère est devenue rue du Conservatoire, en souvenir de cet illustre passé. Et c’est en 1952, à la demande du curé de la paroisse, qu’il fut donné à l’église un second vocable, celui de sainte Cécile, patronne des musiciens.
À noter enfin que c’est dans cette église que Jules Verne s’est marié avec Honorine Viane le 10 janvier 1857. Un très bel édifice à découvrir dans le 9e arrondissement de Paris.




