The Morgue at Paris. The Last Scene of a Tragedy.

La Morgue : visite favorite des parisiens au 19e siècle

Aujourd’hui, les parisiens et les touristes venus du monde entier se pressent pour visiter les dizaines de somptueux monuments et musées qu’abrite la capitale, à la recherche de la légende de la Tour Eiffel, de la richesse des collections du Musée d’Orsay, ou de l’art de vivre des passages couverts. Pourtant, il y a plus d’un siècle, c’est un tout autre genre de visite qui attirait des milliers de touristes : la Morgue de Paris.

L’origine du mot « morgue » apparait aux alentours du 16e siècle, lorsque les corps  étaient « morgués« , c’est à dire examinés (avec hauteur et dédain) par les guichetiers des prisons avant d’être écroués.  Un terme qui se transformera à Paris dans les prisons du Châtelet, dans lesquelles un dépôt de cadavres était entreposé dans la basse-geôle, que les parisiens pouvait observer au travers du guichet à des fins d’identification. 

Il en fut ainsi jusqu’en 1804, date à laquelle un bâtiment spécial fut bâti sur l’île de la Cité, au niveau du quai du marché neuf actuel. Derrière ses prétextes administratifs – la Morgue servait à identifier les cadavres retrouvés noyés dans la Seine, les victimes de crimes, les suicidés, les infanticides… – et sous couvert d’une utilité sociale revendiquée de statistiques, d’ordre, et de contrôles, Paris organisera pendant un siècle le grand show de la mort, lequel connaitra son apogée à la fin du 19e siècle.

Un spectacle comme un autre, à une époque où Paris était la capitale mondiale des loisirs et des divertissements

photo spectatuer morgue paris

À la pointe de l’île de la Cité, là où se trouve aujourd’hui juste derrière Notre-Dame le square de l’Île-de-France, Haussmann fera ouvrir en 1868 une nouvelle morgue. Véritable lieu public d’exposition, ouvert tous les jours et gratuit, elle exhibera à la vue de tous des cadavres étendus sur 12 tables inclinées de marbre noir dans une salle séparée du public par une vitre. Exposés pendant plusieurs jours, les cadavres nus, rafraîchis par un léger filet d’eau, seront le décor d’un théâtre morbide qui comblera la curiosité des parisiens. 

À cette époque, dans une ville de plus de deux millions d’habitants, la Morgue jouera le rôle final – et indispensable – de régulariser l’irrégularité.

photo morgue paris 1855

Plus de 40.000 personnes venaient assister à ce fabuleux spectacle tous les jours et, à la fin du 19e siècle, la Morgue de Paris devint un incontournable des guides étrangers, particulièrement appréciée par les touristes anglais.

The Morgue at Paris. The Last Scene of a Tragedy.

À ces touristes étrangers se mêlaient les enfants curieux, les ouvriers venus flâner pendant la pause déjeuner, les vieillards n’ayant rien d’autre de mieux à faire, les femmes du peuple… Bref, le tout-paris, à quoi s’ajoutaient des visiteurs bien particuliers : les assassins eux-mêmes ! Une réalité que raconte parfaitement Émile Zola dans son livre Thérèse Raquin : « Le mari de Thérèse était bien mort, mais le meurtrier aurait voulu retrouver son cadavre pour qu’un acte formel fût dressé ». Il se rendait donc tous les jours à la Morgue, en espérant y trouver le cadavre exposé…

Les personnes qui reconnaitraient quelqu'un sont priées d'en informer les gardes.

Les personnes qui reconnaitraient quelqu’un sont priées d’en informer les gardes.

Par mesure d’ « hygiénisme moral », la morgue fermera ses portes au public à la suite d’un décret du Préfet Lépine le 15 mars 1907. Devenue en 1914 « Institut médico-légal », elle s’est installée depuis lors sur les bords de Seine, dans le 12e arrondissement.

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